• Critique de... Les Amours interdites

     

    Critique de... Les Amours interdites

     

    Résumé : Un vieil écrivain, Shunsuké, est fasciné par la beauté exceptionnelle de Yûichi, un jeune homosexuel. Shunsuké, dont l'œuvre est connue, mais déjà achevée, a consacré toute sa vie à l'esprit et à la création. En Yûichi, c'est la liberté du corps, l'esthétique réduite à sa pure apparence physique et à la jouissance immédiate, que le romancier découvre. Yûichi, conscient de sa sexualité, hésite à épouser Yasuko, dont l'écrivain est amoureux. Il se confie au vieillard qui, au terme d'un pacte diabolique, l'incite à se marier. Shunsuké pourra dès lors manipuler le jeune homme comme une marionnette, comme un personnage incarné d'un roman qu'il n'écrira jamais. Sa misogynie déclarée, sa rancœur à l'égard des femmes qui l'ont fait souffrir durant toute sa vie trouvent ainsi un cruel assouvissement. Mais c'est compter sans l'intervention d'autres manipulateurs et surtout croire qu'il peut lui-même échapper à la séduction de Yûichi

    Rédigé entre 1950 et 1953, Les amours interdites décrit avec audace et sincérité l'univers homosexuel du Tôkyô d'après-guerre. Mais c'est surtout le roman où Mishima entreprend d'exposer sans fard sa conception de la sexualité, des rapports familiaux et sociaux, et ses théories esthétiques et philosophiques. À propos des Amours interdites, l'auteur devait écrire : "J'ai formé le projet insolent de transformer mon tempérament en un roman et d'ensevelir le premier dans le second. "

    Critique : Les Amours Interdites est le troisième roman de Yukio Mishima que je lis (après Le Pavillon d'Or et Confession d'un masque) et de nouveau j'ai été happé par son style extraordinairement poétique. L'intrigue est parfaitement maîtrisée et tous les personnages sont intéressants, car chacun croit manipuler l'autre. Le portrait que dresse Mishima de la communauté homosexuelle japonaise (aussi appelée bara-zoku) est audacieux car très cru, mais aussi triste car il rend compte de leur incapacité d'aimer de façon durable. Yûichi est bien sûr le personnage principal de ce roman ; tous les autres gravitent autour de lui comme des papillons autour d'une lampe et la plupart se brûlent les ailes en l'approchant. On pense qu'au début il est manipulé par Shunsuké, mais en réalité au fil des pages il devient de plus en plus indépendant. Shunsuké, lui, est un auteur en fin de carrière qui a toujours souffert à cause des femmes : on trouve à plusieurs reprises dans le roman des passages tellement violents et agressifs à l'égard de la gent féminine qu'on pourrait se demander si ce n'est pas la voix de Mishima (lui-même ayant souffert de son incapacité à aimer les femmes) qu'on entend là... Tous les personnages féminins souffrent à un moment ou à un autre à cause de Yûichi, qui les séduit sur ordre de Shunsuké sans les aimer vraiment ; cependant on sent chez elles une certaine acceptation de cette douleur, ce qui donne l'impression qu'elles ont une personnalité très noble. La fin des Amours Interdites m'a frappé d'étonnement car je n'aurais jamais imaginé que Shunsuké se suiciderait par amour de Yûichi, surtout en lui léguant toute sa fortune, ce qui constitue en quelque sorte une victoire sur le jeune homme. C'est une fin digne de Mishima, qui s'est lui-même suicidé par seppuku en 1970. En résumé, un roman éblouissant, à lire absolument !


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