• La naissance des Gardiens chapitre II - Le Sabre (Première partie)

    Comme promis, voici la première partie du chapitre II de La naissance des Gardiens ! Ce sera une nouvelle divisée en quatre parties.

    Je l'ai écrite en juin 2012. Je n'ai pas spécialement eu de mal à l'écrire mais il y a eu beaucoup de changements en cours de route (l'héroïne était à la base, un héros !). Ce que je vous présente est la version définitive.

    J'espère que ça vous plaira  Enjoy et à la semaine prochaine pour la deuxième partie !

     

    Parfois, même si votre vie vous paraît la plus banale du monde, il suffit qu’un minuscule quelque chose perturbe votre quotidien monotone pour que toute votre existence bascule.

      

     

    La jeune fille observait la fresque inachevée avec fascination depuis de longues minutes déjà et rien ne semblait pouvoir la tirer de sa contemplation : c’était comme si son esprit avait été aspiré par la scène dessinée. Pourtant, il s’agissait d’un tableau abstrait qui ne représentait rien de particulier, mais c’est peut-être pour cela que la jeune fille le regardait : elle cherchait sans doute à en saisir le sens. Après tout, elle en était l’auteure et elle était la plus à même à comprendre ce qu’elle avait voulu dire. Que signifiaient ces immenses lignes de peinture rouge, semblables à de longs serpents de sang évoluant dans un univers de béton au revêtement à demi arraché… ?

     

    « Rachel ! On peut savoir ce qui t’arrive ? Tu es comme figée depuis tout à l’heure ! » La voix grave d’Hugo la fit tressaillir, et elle répondit d’un ton sec : « Rien du tout, j’avais la tête ailleurs. » Rachel écarta une mèche de cheveux qui lui barrait le visage et se concentra sur les pinceaux qu’elle tenait dans les mains. Ils étaient couverts de peinture à l’huile rouge sang jusqu’au manche ; pour ne rien arranger, la gouache s’était incrustée sur ses doigts et sous ses ongles, donnant l’impression qu’elle avait sauvagement agressé quelqu’un, ce qui bien sûr n’était pas le cas. Elle n’avait jamais frappé quiconque de toute sa vie, même lors de ses crises de colère les plus terribles.

     

    Hugo s’approcha d’elle et son regard tomba lui aussi sur ses mains sales. Le jeune homme poussa un long soupir et déclara : « Ecoute Rachel… Viens nous rejoindre, on est en train de faire la fête, là ! Noël est un jour de partage et de bonheur, tu ne devrais pas rester seule dans ton coin ! » Rachel répliqua, acerbe : « Je préférerais terminer ça avant. » Elle désignait du regard la fresque. En réalité, le bruit que faisaient ses compagnons de squat lui arrachait les tympans ; la jeune fille aurait voulu sortir pour rester seule et s’épargner ces hurlements, mais elle savait que ce serait la même chose dehors.

     

    Soudain Hugo lui caressa la joue et rapprocha son visage du sien. Ils n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre lorsqu’il souffla : « Que se passe-t-il en ce moment, Rachel ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette. Quelque chose ne va pas ? » Prise au dépourvu, Rachel rougit jusqu’aux oreilles et balbutia : « N… Non… » Son cœur se mit à battre à tout rompre ; ses jambes menaçaient de céder. « Non, il… n’y a aucun problème… » répéta-t-elle, mais elle s’étrangla, perdant toute crédibilité.

     

    Comment lui dire qu’elle l’avait vu en train d’embrasser Sixtine il y a une semaine et qu’elle était morte d’inquiétude et de jalousie ? Le pire, c’est qu’elle s’en voulait, car elle aimait Hugo à la folie et elle avait peur de le perdre. Alors elle se recroquevillait dans sa coquille, laissant l’angoisse s’installer peu à peu et imaginant les pires scénarii possibles. Elle espérait que sa crise de jalousie passerait ou qu’Hugo lui prouverait qu’elle se trompait, mais cela n’était pas prêt d’arriver : une terrible colère à peine contenue gonflait en elle à chaque jour qui passait et Sixtine n’arrêtait pas de lancer des regards langoureux à Hugo, laissant présager qu’ils avaient partagé bien plus qu’un simple baiser.

     

    A cette pensée, Rachel eut presque la nausée. Ce fut le moment que choisit Hugo pour l’embrasser. Son cœur fit un bond dans sa poitrine car elle ne s’attendait pas à une démonstration de tendresse si soudaine. Elle gémit en sentant ses forces l’abandonner et faillit se laisser aller face à la douceur de ce baiser, mais l’image d’Hugo et Sixtine enlacés s’imposa à son esprit. Elle se fit violence et repoussa le jeune homme ; elle annonça d’un ton sans appel : « Je sors. » Hugo haussa un sourcil et voulut la retenir, mais elle lui échappa. « Rachel ! » cria le jeune homme, mais ce fut inutile : elle était déjà partie.

     

    Une fois dans la rue, Rachel courut encore quelques dizaines de mètres, puis s’arrêta enfin, à bout de souffle. Elle s’aperçut que les larmes lui brouillaient les yeux et commença à les essuyer, mais bientôt elle éclata en sanglots. Elle n’en pouvait plus. Elle ne pouvait plus laisser Hugo la toucher après ce qu’elle avait vu, même si elle l’aimait passionnément. Rachel continua à marcher tout en pleurant ; elle était sortie en T-shirt et le froid qui mordait ses bras nus l’aidait à faire le vide dans sa tête. Bientôt ses larmes cessèrent de couler et elle put enfin respirer sans avoir le hoquet. Le doux bruit de la neige crissant sous ses chaussures la réconfortait. Au fur et à mesure qu’elle s’éloignait du squat, les rues devenaient de plus en plus animées. Les arbres aux branches décorées de guirlandes lumineuses éclairaient la nuit, donnant aux lieux une dimension presque féerique.

     

    Alors que Rachel errait sur une avenue marchande, elle croisa un jeune homme à l’allure étrange, emmitouflé dans un châle sombre. Ses cheveux étaient d’un noir de jais étincelant et il arborait un visage plutôt agréable à regarder, mais ses yeux avaient un éclat dément qui la fit frissonner. « Sans doute un junkie en manque… » songea-t-elle avec mépris tandis qu’elle le dépassait.

      

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    La suite le samedi 13 octobre !

     


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