• La naissance des Gardiens chapitre II - Le Sabre (Quatrième partie) [FIN]

     

    Le jeune homme parut surpris de la voir ; il fronça les sourcils et s’écria en s’élançant vers elle : « Mais qu’est-ce que tu fais dehors, enfin ! Je croyais t’avoir dit de te reposer ! Tu vas vraiment tomber malade à ce rythme-là ! » Rachel était tétanisée. Que faire ? Elle ne tenait pas à se faire tuer par Sigma, mais il était hors de question pour elle de perdre Hugo… Elle pesa le pour et le contre pendant un instant, mais finalement, son amour prit le dessus sur son appréhension et elle murmura : « Il faut que tu m’aides… Il y a… quelque chose dans mon corps qui me contrôle de l’intérieur… Il veut m’obliger à partir et je ne peux rien faire… Aide-moi je t’en supplie ! » Elle avait saisi le bras d’Hugo et éclaté en sanglots ; elle était morte de peur et terrassée par le désespoir. Le jeune homme eut un mouvement de surprise mais se ressaisit en quelques secondes comme s’il avait déchiffré une énigme et déclara d’une voix posée : « C’est bien ce que je me disais, tu as attrapé froid… Rachel, tu es en train de délirer, tout va bien. Je vais t’amener à ton lit et tu vas faire un bon somme, d’accord ? »

     

    Rachel écarquilla les yeux : il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas que tout était on ne peut plus vrai ! Elle répéta à toute vitesse : « Hugo, ce n’est pas ça, je… » Mais elle fut interrompue par une voix intérieure : celle de Sigma. Celui-ci articula : « Tu es plutôt têtue, n’est-ce pas ? Enfin, je crois que je n’ai pas le choix, il faut bien que je te mate. Le processus de contrôle est vraiment trop long et fatigant pour que je puisse me permettre de changer d’hôte. » Soudain, Rachel sentit que ses mouvements étaient de plus en plus indépendants de sa volonté ; elle avait l’impression d’être une marionnette manipulée par des fils invisibles.

     

    La jeune fille allongea le bras en direction d’Hugo et s’élança soudain vers lui. Sa main avait acquis le tranchant d’une lame et la dureté de la pierre. Sans crier gare, elle transperça le torse de son amant avec autant de facilité que si elle enfonçait un couteau dans une motte de beurre : le bras de Rachel était ressorti par son dos. Les deux jeunes gens poussèrent un hurlement en même temps, mais pas pour la même raison : Hugo avait le corps tout entier en proie à la douleur, tandis que Rachel poignardait celui qu’elle aimait sans pouvoir y remédier, puisqu’elle n’était pas libre de ses mouvements. Une main sur sa blessure béante, le jeune homme murmura un faible « Ra… chel… » teinté d’incompréhension et de souffrance. Un filet de sang coulait de sa bouche entrouverte ; il devait avoir un poumon perforé. Terrifiée, Rachel cria de nouveau et tenta de toutes ses forces de se libérer de l’emprise de Sigma mais ses efforts furent vains : la Voix la contrôlait d’une main de fer. Finalement, après quelques interminables secondes elle – ou plutôt Sigma – dégagea son bras du corps d’Hugo avec une violence inouïe ; le jeune homme s’écroula, raide mort.

     

    Rachel, paralysée, contemplait ses doigts couverts de sang, dont la couleur morbide se confondait avec celle de la peinture à l’huile, qu’elle n’avait pas enlevée tout à l’heure. Puis son regard se porta sur le cadavre de celui qu’elle aimait. Celui-ci, le visage figé par la mort, l’observait de ses yeux vitreux. Elle voulut hurler, prendre Hugo dans ses bras, mais cela lui était impossible. Elle n’arrivait même pas à pleurer : ses larmes refusaient de couler. En apparence, elle affichait une sérénité extraordinaire, alors que son âme était déchirée par l’horreur de ce qu’elle venait d’accomplir.

     

    Sigma émit un soupir dans son esprit et commenta d’un ton nonchalant : « Eh bien, je ne pensais pas que la chair humaine était si fragile… Heureusement que tu auras le Bouclier, sinon il ne ferait qu’une bouchée de toi. » Rachel ne comprenait pas à quoi il faisait allusion et elle s’en fichait. Elle était tellement traumatisée par son acte qu’elle remarquait à peine la Voix. Sigma reprit : « Enfin, ce n’est pas tout, il faut faire disparaître le corps. Je crois savoir qu’il est inconvenant de laisser des cadavres en pleine rue de la sorte, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas un problème, puisqu’il va nous servir… »

     

    Rachel, sous le contrôle de Sigma, étendit les bras en direction de la dépouille ; une étrange lumière bleutée jaillit du corps sans vie. La jeune fille observait le spectacle, à la fois fascinée et stupéfaite par ce qu’elle voyait : le cadavre de son amant se vidait de son sang par la seule action de cette puissante lueur et une forme indistincte commençait à apparaître sur le sol enneigé. Au bout de quelques minutes, la silhouette sombre se précisa : il s’agissait d’un sabre aussi rouge que l’hémoglobine dont il était constitué, à la garde finement travaillée et à la lame acérée. Finalement la lumière s’éteignit et fit place à un brasier si éblouissant que Rachel dut se couvrir les yeux pour ne pas être aveuglée. En une fraction de seconde, le corps exsangue d’Hugo fut englouti par un torrent de flammes bleues. Lorsqu’elles disparurent, il ne restait même pas de cendres : le corps d’Hugo s’était complètement volatilisé.

     

    Rachel se pencha sur l’épée écarlate et la ramassa ; elle souffla dessus pour en retirer la neige fine qui la recouvrait. La jeune fille était hypnotisée par l’éclat vermeil de la lame ; en la soupesant, elle eut l’impression – peut-être n’était-ce que son imagination – de sentir le parfum d’Hugo, qui planait toujours dans l’air. Tandis qu’elle retrouvait l’usage de son propre corps et tombait soudain à genoux en pleurant à chaudes larmes, Sigma murmura comme pour lui-même : « Le Sabre est enfin en ma possession. » Rachel, les épaules parcourues de spasmes, étreignait l’épée sans se soucier des coupures qu’elle s’infligeait, comme s’il s’agissait encore de son amant. La Voix ne lui prêtait même pas attention ; elle ajouta, songeuse : « Plus que deux Gardiens à trouver et nous pourrons l’affronter. »

      

    FIN :)

     


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