• La naissance des Gardiens chapitre IV - Les Oreilles (Quatrième partie) [FIN]

    Eh voilà, c'est la fin de l'aventure de nos quatre Gardiens (pour l'instant).

    Dès la semaine prochaine, une nouvelle traitant d'un sujet complètement différent~

     

    Elisabeth baissa les yeux, tentant de rassembler ses esprits après ces nombreuses révélations. Une partie d’elle-même refusait purement et simplement d’y croire, mais l’autre était dangereusement attirée par ces trois jeunes gens à l’histoire extraordinaire. Elle qui avait toujours rêvé d’une vie palpitante, l’occasion se présentait enfin ! Pourtant, elle soupira : « Je suis désolée, mais je ne peux pas être la personne que vous recherchez. Je me fais vieille pour entreprendre un si long voyage et pour accomplir une mission d’une telle importance… Je suis sûre qu’il y a de nombreuses personnes dans les environs qui n’hésiteraient pas à… »

     

    Guillaume approcha soudain et déclara : « La Perle a insisté pour choisir un Gardien ayant de l’expérience. Nous savons que votre père a fait partie de la Résistance durant la guerre et que, malgré votre jeune âge, il vous a plus d’une fois confié des tâches qui consistaient à écouter aux portes et à transmettre des informations capitales. Nous sommes convaincus que vous êtes la personne la plus compétente du secteur pour la mission que nous souhaitons vous confier, Elisabeth. » La vieille femme écarquilla les yeux de stupeur. « Comment pouvez-vous savoir une chose pareille… ? Je ne l’ai jamais… » Guillaume haussa les épaules : « La Perle n’a pas son pareil pour écouter aux portes, elle aussi… »

     

    Elisabeth fronça les sourcils, puis comprit : cette chose, qu’ils appelaient révérencieusement la Perle, savait lire dans les pensées. Elle avait dû fouiller au plus profond d’elle-même pour dénicher les informations qui lui semblaient importantes… Elle se reconcentra sur le dilemme qui la déchirait : devait-elle partir et suivre cette équipée insolite ? Ou bien devait-elle rester dans cette maison de retraite où, il fallait bien l’avouer, elle s’ennuyait à mourir ? Pourquoi ne pas tenter sa chance et mettre un peu de piment dans sa vie ? Un instant, elle s’en voulut presque de songer à quitter l’établissement pour personnes âgées ; mais elle se reprit lorsqu’elle pensa à son fils et à sa garce de petite amie, qui l’avait indirectement jetée dans cette prison pour séniles.

     

    Elle prit une profonde inspiration et déclara : « J’ai l’impression d’avoir complètement perdu la tête, mais je vous fais étrangement confiance, à tous les trois. Vous êtes dotés d’une assurance et d’une gravité qui me semblent tout à fait véridiques, et j’ai envie de vous laisser une chance de prouver tout ce que vous m’avez exposé. D’autant plus que je ne suis pas contre cette histoire de ‘‘pouvoir surnaturel’’, qui m’a l’air plutôt excitant ! Et puis, je dois avouer que la perspective de quitter cette maison de retraite me réjouit déjà ! » Elle eut un petit rire nerveux ; son cœur battait la chamade. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait réussi à prononcer des choses pareilles. La folie de ces jeunes gens est contagieuse, ma parole !

     

    Le visage de Rachel s’illumina. Elle s’exclama : « Chère Elisabeth, je suis ravie que vous ayez fait le bon choix. Nous vous ferons part de tous les détails une fois dans le Lung-Mei. Mais pour le moment, le temps presse : les Ecailles se rapprochent sans doute à grands pas de notre position ; ils nous suivent à la trace et il est dangereux pour nous de rester au même endroit plus de quelques heures. Nous devons partir. » La vieille femme acquiesça rapidement. Maxime jeta un coup d’œil furtif aux alentours, puis murmura : « Je crois qu’il n’y a personne dans les environs. Profitons-en pour déguerpir. »

     

    Ils se levèrent du banc où ils étaient assis et se précipitèrent vers la clôture qui enserrait le parc. Alors qu’Elisabeth allait les prévenir de l’impossibilité de passer par là, Rachel sortit le sabre de son fourreau et pratiqua une ouverture dans la grille, pourtant censée être à l’épreuve de n’importe quel couteau ou sécateur. Impressionnée, la vieille femme ne souffla mot tandis qu’on l’invitait à sortir du parc. Celui-ci se prolongeait encore un peu alentour, puis la ville reprenait ses droits ; on entendait le vrombissement des voitures circulant dans la rue d’à côté.

     

    Après avoir marché quelques mètres, Maxime s’arrêta net et déclara : « C’est ici. » Il jeta un coup d’œil à Elisabeth et lui demanda : « Êtes-vous sûre de votre choix ? Il est irréversible, vous savez. » La vieille femme hocha la tête d’un air déterminé : « Ma décision est prise. » Elle n’avait aucun remords : après tout, depuis son entrée dans la maison de retraite, sa vie avait perdu son sens. Quant à son fils, elle allait accomplir son souhait : elle allait le laisser faire ce qu’il voulait, et tant pis s’il s’en mordait les doigts par la suite.

     

    Maxime sourit, puis s’agenouilla et apposa ses mains sur le sol boueux. Aussitôt, une puissante lumière se dégagea de ses paumes ; la terre s’ouvrit soudain en face d’eux. C’était un trou si régulier et parfait qu’on aurait cru qu’il avait été fait par une machine. Seule particularité : il semblait sans fond.

     

    Guillaume soupira : « Bon, eh bien c’est parti. » Sans même attendre l’approbation de ses camarades, il se jeta dans l’abîme. Maxime le suivit instantanément. Rachel invita Elisabeth à passer devant, pour qu’elle ferme la marche. Alors qu’elle disparaissait dans la cavité, les mots de la Perle lui parvinrent : « Les jours d’Heijeyka sont comptés. »

     


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