• La naissance des Gardiens chapitre IV - Les Oreilles (Troisième partie)

     

    Mais le dénommé Guillaume ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits ; il continua, sans doute encouragé par la réaction d’Elisabeth : « Je vais vous apporter une preuve supplémentaire à ce que j’avance. Veuillez observer très attentivement ma main. » Il tira un couteau de sa poche et, sans un mot, s’entailla la paume. Malgré sa phobie de l’hémoglobine, la vieille femme contempla en silence le sang qui affleurait à la surface de sa peau. Quelques secondes s’écoulèrent, puis tout à coup, sous les yeux effarés d’Elisabeth, la plaie se referma d’elle-même ; le sang reflua vers l’intérieur de la main du jeune homme, qui reprit son aspect initial. Il était tout à fait impossible de voir la moindre cicatrice sur sa paume. Guillaume poussa un long soupir ; cette action surnaturelle semblait l’avoir totalement épuisé.

     

    Elisabeth planta son regard dans celui de Rachel. Elle resta un moment silencieuse, puis finit par marmonner : « Que me voulez-vous ? » La jeune fille eut un petit sourire et répondit : « Vous vous doutez bien que nous ne sommes pas venus pour conter fleurette. Voici le cœur de notre problème : la Perle, c’est-à-dire la voix qui a parlé dans votre tête il y a quelques instants, possède un pouvoir qui dépasse votre imagination, ainsi que la nôtre. A l’heure actuelle, nous sommes tous les trois pourchassés par une créature malfaisante qui cherche à s’emparer de la Perle. Ce monstre n’est ni plus ni moins qu’un Seigneur Dragon, qui se fait appeler Heijeyka. » Maxime, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis le début, prit la parole : « La Perle ne peut rien accomplir par elle-même ; elle a besoin de Réceptacles pour catalyser son énergie. »

     

    La vieille femme l’interrompit : « Laissez-moi deviner : elle a besoin d’un quatrième Gardien : moi ! » Elle partit d’un éclat de rire tonitruant. « Je dois dire que votre petite farce était extraordinairement bien mise en scène, j’y ai presque cru. Mais les plus courtes sont les meilleurs, comme on dit. Je pense que vous avez dû fumer un joint de trop, les jeunes ! » Rachel plissa les yeux, l’air contrarié. « Moi qui étais persuadée que vous étiez prête à tout pour quitter cette maison de retraite… non, pardonnez-moi, cet ‘‘asile de fous’’ comme vous dites. » Prise au dépourvu, Elisabeth répliqua : « Je préfère encore rester ici plutôt que de vous suivre ! Vous êtes complètement fous à lier ! »

     

    Rachel se leva, soudain menaçante. Elle ouvrit très calmement le sac qu’elle portait et en sortit, à la stupéfaction de la vieille femme, un immense sabre écarlate. La jeune fille le pointa en direction d’Elisabeth et demanda : « Savez-vous de quoi il s’agit ? » Elle fit non de la tête, paniquée ; à la vue de l’arme effilée, l’envie de railler ces étranges individus lui avait brusquement passé. « J’ai été la deuxième à être appelée par la Perle. Lorsqu’elle a pris le contrôle de mon corps pour que je devienne un des quatre Gardiens, j’ai été obligée d’abattre de mes propres mains celui que j’aimais. Je ne maîtrisais pas mes mouvements, et je l’ai vu mourir sous mes yeux. Ce que vous voyez-là, c’est tout ce qui reste de lui. Vous pouvez me croire ou non, mais sachez que si par votre faute, la mort de Hugo devient vaine, je ne le vous pardonnerai pas. »

     

    Maxime posa la main sur l’épaule de Rachel, qui parut se rasséréner. Il la força à s’assoir et à ranger son sabre, puis regarda Elisabeth droit dans les yeux. Il déclara : « La Perle a besoin d’un quatrième et dernier Gardien, dont la mission sera d’intercepter les liaisons télépathiques qu’entretient Heijeyka avec ses sbires, les Ecailles. Il s’agit d’humains qui ont fusionné avec une partie du pouvoir du Seigneur Dragon ; ils se fondent dans la nature et il est impossible de les distinguer des humains normaux sans mon pouvoir. Ils sont extrêmement féroces. Nous en avons affronté plusieurs avec Rachel et Guillaume, et plus d’une fois nous avons échappé à la mort de justesse. Il est capital pour nous de savoir où et quand ils frapperont, pour la survie de notre équipée. » Il prit les mains de la vieille femme entre les siennes et acheva dans un souffle : « Nous avons besoin que vous deveniez nos oreilles, Elisabeth. »

     

    Elle resta sans voix à la suite de cette longue tirade. Elle murmura après un interminable silence : « Mais… mais pourquoi moi ? Je suis une vieille dame fatiguée, je n’ai plus l’âge pour ce genre d’aventures… » Maxime l’interrompit doucement : « Nous comptons nous rendre à Terra Alba, en Sibérie, où réside Heijeyka, afin de l’éliminer une bonne fois pour toutes. Nous pourrions bien sûr nous y rendre en train, mais il existe un raccourci, sous terre. Il s’agit de ce qu’on appelle le Lung-Mei ; pour faire simple, je dirais que c’est une sorte de chemin énergétique, qui relie plusieurs lieux sacrés. C’est un des moyens de déplacement des Seigneurs Dragons. » Il esquissa un faible sourire : « Une des portes qui mènent au Lung-Mei se situe dans le parc de cette maison de retraite, à quelques dizaines de mètres d’ici. »

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    Suite et fin la semaine prochaine !


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