• Martian Rhapsody - Première partie

    Martian Rhapsody est une nouvelle écrite vers juillet 2012 qui a été sélectionnée par l'éditeur numérique Short Edition pour participer à la compétition Hiver 2012, mais qui n'a pas dépassé ce stade (la nouvelle n'a pas été en finale).

    Il s'agit d'une de mes nouvelles les plus longues et les plus abouties ; quand j'aurais davantage de temps et d'inspiration, il est probable que je l'approfondisse pour en faire... un roman, qui sait ? :)

    En attendant, enjoy ! Et pour ceux qui l'ont déjà lue, eh bien... Patientez quelques semaines ! Je compte mettre prochainement en ligne un spin-off ~ 

    Du sommet des titanesques volcans

    Au fin fond des canyons rouillés,

    Des immenses plaines rouge sang

    Au morne ciel rose orangé,

    Arès veille sur nous et notre nouveau monde

    Malgré la sécheresse et le tonnerre qui gronde.

     

    Première strophe de Martian Rhapsody

     

    « Lord Highsilver ? » La voix métallique de l’IA[1] tira Zaphrön de ses pensées. Il était en pleine séance de pompes et son corps tout entier était couvert de sueur ; il éprouvait une sensation d’épuisement total fort désagréable, mais il n’avait pas vraiment le choix : le Ministère aux Affaires Martiennes avait préconisé beaucoup d’exercice afin d’éviter des problèmes ultérieurs liés à la faible gravité. Zaphrön s’était plié à la règle, surtout parce qu’il était plus étroitement surveillé que tout autre, cependant ce n’était pas non plus la pire des corvées : être observé en permanence par des caméras l’agaçait bien plus.

    Tous les Aréens[2] étaient dotés d’une IA leur permettant de bénéficier d’informations supplémentaires sur leur environnement hostile et de dialoguer à distance avec leurs collègues de travail ou des amis. Cela était possible grâce à un système de réseau : toutes les IA étaient connectées à un énorme ordinateur encore plus perfectionné, l’IA centrale, qui régissait les communications et les transferts d’informations sur toute la planète. Cependant, depuis la Révolution de Rouille, le Ministère aux Affaires Martiennes contrôlait l’IA centrale de manière à pouvoir surveiller les moindres faits et gestes de chaque habitant, au cas où quelqu’un aurait la stupide idée de se rebeller contre les occupants terriens. Le violent conflit entre les Aréens et les hommes de la planète-mère avait laissé des cicatrices dans les esprits, et le Ministère aux Affaires Martiennes cherchait à étouffer toute nouvelle insurrection.

    Zaphrön se releva, les membres tremblants à cause de l’effort, puis entreprit de s’habiller après s’être séché. L’IA répéta du même ton monocorde : « Lord Highsilver ? » et il s’écria : « J’ai compris ! Je dois me dépêcher, et c’est ce que je fais ! » L’IA se tut. Le jeune homme ajusta une dernière fois son manteau, fixant son reflet dans le miroir. Il porta un intérêt tout particulier à ses longs cheveux d’un blond presque blanc, dont il était très fier. Peu lui importait les remarques désobligeantes de ses confrères au Conseil, pour rien au monde il ne les imiterait : à son avis, un crâne dégarni était tout sauf plaisant à regarder…

    Le Conseil était une sorte de réunion bimensuelle au cours de laquelle les Lords discutaient des choses à améliorer concernant l’extraction ou la vente de tel ou tel métal. Mars était une planète qui regorgeait de matériaux précieux en tous genres,  notamment de la fluorite, du platine, du palladium et du deutérium ; il était donc évident que son économie soit fondée sur ces gisements. Celui qui importait le plus au Conseil était le deutérium : en effet, il servait à alimenter les réacteurs à fusion nucléaire qui fournissaient l’électricité à toute la planète ; cependant les autres matériaux n’étaient pas moins chers : les Terriens les achetaient à prix d’or en raison de leur rareté sur la planète-mère.

    Lords : c’était ainsi que s’appelaient mutuellement les chefs de grandes familles possédant des mines  depuis le début de la colonisation. La planète était peu à peu devenue une oligarchie où les miniers et les grandes familles s’entendaient à merveille car personne n’était lésé ; mais après l’échec de la Révolution de Rouille, le Ministère aux Affaires Martiennes avait décidé non pas d’abolir le Conseil mais de le contrôler par un de leurs représentants, qui veillait à ce que les Lords vendent toujours les matériaux qui manquaient cruellement à la Terre.

       Zaphrön installa sur sa tête le couvre-chef blanc et rouge qui indiquait son appartenance à la famille Highsilver, puis son regard se porta sur son pendentif. Le jeune homme avait toujours été fasciné par cet objet : il s’agissait d’une grosse perle de forme oblongue qui arborait de magnifiques reflets opalescents. Mais il s’obligea à sortir brusquement de sa contemplation ; de mauvais souvenirs revenaient à la surface de sa mémoire dès qu’il s’attardait sur le bijou, comme s’il contenait un fragment de conscience de son ancien propriétaire. Avec un soupir, il enfila le collier et savoura le contact glacé de la chaine en métal sur son cou. Puis il sortit précipitamment de ses appartements, se rendant enfin compte qu’il était en retard.

    Tandis qu’il enfilait rapidement un masque à oxygène, Zaphrön se dirigea vers le hangar principal, où trônaient des dizaines de quads rutilants. Il fit signe à un chauffeur et monta dans un des véhicules ; ils démarrèrent aussitôt. « Au Palais d’Ocre. » demanda-t-il au conducteur qui lui adressa un sourire entendu. Tandis qu’il s’asseyait sur le confortable siège arrière, le chauffeur sifflota les premières notes de Martian Rhapsody, l’hymne national auto-proclamé écrit par les partisans de l’Union aréenne. Lord Highsilver répondit à cet indice furtif de loyauté par un hochement de tête. Il était soulagé de constater que les adeptes du parti n’avaient pas encore perdu espoir malgré la mort de leur leader un an plus tôt. La Révolution de Rouille a peut-être tourné court pour le moment, mais nous aurons notre revanche bientôt, songea Zaphrön avec un sourire en coin.

    L’Union aréenne était le parti pro-indépendance qu’avait créé Lord Jøshlan Azabachë en 2193 et depuis sa mort, Zaphrön était considéré comme le nouveau dirigeant, ce qui faisait de lui un individu très dangereux aux yeux du Ministère aux Affaires Martiennes. Les Terriens avaient heureusement compris qu’il ne servait à rien de tuer tous les membres importants de l’Union aréenne, car sinon les révoltes dans les Cités-taupe, presque toutes pro-indépendance, ne seraient pas maitrisables. Cependant, ils avaient aussi conscience que Zaphrön était susceptible de relancer la Révolution de Rouille. Il représentait pour le peuple le dernier rempart contre les « profiteurs terriens » ; par conséquent, il faisait l’objet d’une incroyable surveillance. Après tout, il avait été le bras droit de Lord Azabachë dès le début de la Révolution de Rouille en 2196 et l’avait soutenu activement, même jusqu’à la toute fin.

    Zaphrön baissa la tête en se rappelant l’odeur du sang qui l’avait pris à la gorge tandis qu’il tentait désespérément de sauver Jøshlan, atteint d’une rafale de mitraillette lors d’une embuscade fomentée par les soldats terriens un an plus tôt – un an déjà... Il avait beau savoir qu’il aurait été incapable de l’aider quoi qu’il arrive, il fulminait encore de ne pas avoir pu faire quelque chose pour le protéger… Alors qu’il s’abandonnait à ses sombres pensées en serrant les poings au point que les jointures de ses phalanges blanchissent, la voix grave du conducteur le ramena à lui : « Nous allons sortir de la Cité-taupe. » Zaphrön acquiesça doucement et se concentra sur sa respiration pour se calmer. S’il perdait le contrôle de lui-même au Conseil, le Ministère aux Affaires Martiennes lui retomberait dessus, et c’était la dernière chose qu’il voulait. Il fallait qu’il tienne le coup encore un peu, pour que la vigilance du Ministère aux Affaires Martiennes s’affaiblisse et pour qu’il puisse reprendre la Révolution… Il le fallait ; sinon Jøshlan et tant d’autres partisans de l’Union aréenne seraient morts en vain. Soudain, le sas s’ouvrit devant eux, laissant apparaître le panorama martien.


    [1] Sigle qui signifie Intelligence Artificielle.

    [2] Du mot grec Arès dont la traduction est Mars.


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